17.06.2011

Québec - juin 2011

Je rédige ces quelques lignes à bord de l'Airbus qui nous ramène en Belgique. Deux films ineptes ont déjà été projetés sur les écrans. J'ai commencé à regarder le premier, "Les voyages de Gulliver" : j'ai tenu un quart d'heure, puis me suis réfugié dans mon bouquin en me demandant ce que Jonathan Swift a bien pu faire au réalisateur pour qu'il transforme son oeuvre en une imbécillité pareille.

Selon la carte qui défile en ce moment sur l'écran susnommé, nous approchons des côtes irlandaises, et il nous reste une heure quarante de voyage avant d'atterrir à Bruxelles : juste le temps nécessaire pour vous raconter quelques épisodes de notre séjour au Québec.

Nous sommes partis le mercredi 8 juin, impatients de retrouver cette ville que nous aimons tant, où nous avons d'excellents souvenirs et de bons amis. Après un voyage sans histoire et -ce qui est plus étonnant-, sans qu'aucun de nous ne doive passer au bureau de l'immigration pour subir un interrogatoire serré sur les motifs de sa venue au Canada, nous sommes sortis de l'aéroport Pierre-Elliott Trudeau dans une chaleur étouffante (31 degrés!), avons embarqué dans une navette et, comme à chaque fois, avons tout en papotant avec le chauffeur dévoré des yeux tout ce qui nous entourait pendant notre trajet jusqu'à Montréal.

Nous sommes ici pour quatre concerts : deux aux Francofolies de Montréal, un à Québec et un à Sherbrooke.
Le premier de la série a lieu dans un petit bar de Québec, le Bal du lézard. C'est la première fois que nous venons à Québec : lors de nos voyages précédents, nous avons toujours joué à Montréal ou dans sa banlieue. C'est donc avec curiosité que nous arrivons dans ce qui fut le premier établissement français en Amérique, et qui est aujourd'hui la capitale de la province qui porte son nom, ainsi que le siège de ses institutions et de son gouvernement, et à laquelle on accède par un superbe pont qui surplombe le Saint-Laurent.

Eh bien, nous avons trouvé Québec moins dépaysante que Montréal : c'est une jolie petite ville à l'européenne, qui ne ferait pas tache aux Pays-Bas ou au Luxembourg. Nous y sommes très bien accueillis (comme partout au Québec, je vous l'annonce d'emblée), le bar où nous allons jouer est super, la serveuse est sympa, la bière est bonne (avec l'esprit d'aventure qui me caractérise et malgré les sarcasmes des autres, je goûte une bière au thé) et même si la température est un peu fraîche, il y a un petit soleil qui donne une impression d'été indien très agréable.
Le public n'est pas très nombreux mais accueillant et participatif : nous passons l'après-concert à discuter avec l'assistance avant de nous replier, heure légale oblige, à l'auberge de jeunesse où nous logeons.

Deux jours plus tard, après un long trajet de retour -car la vitesse est limitée à cent kilomètres à l'heure au Canada, ce qui  fera dire à Fabian que ça vaut bien la peine d'avoir des véhicules avec des moteurs si puissants si c'est pour rouler comme avec une deuch'- sous une pluie battante, un repas tibétain en compagnie de notre copine Cynthia et la dégustation d'un sandwich à la smoked meat à la boucherie hébraîque la plus réputée de Montréal, nous voici sur une scène en plein air sur la Place des Arts, pour les Francofolies de Montréal.
Malheureusement, le temps n'est pas avec nous : pendant la journée, il a plu à verse, et si ce n'est plus le cas, il fait quand même froid et humide. Cela dit, ça ne décourage pas cinq cents personnes qui nous font le grand plaisir d'assister à notre concert, de chanter et de taper dans les mains, allant jusqu'à nous réclamer un rappel.
Notre soirée se poursuit en longues discussions avec nos potes présents et avec des gens de rencontre. C'est très amusant : il y a plein de Belges et de Québécois mêlés. Par la suite, nous terminons à boire un bière sur la terrasse d'un immeuble en plein centre de Montréal, où habite un Belge que nous avons rencontré dans l'avion en venant. C'est fou quand même...

Le lendemain, il fait magnifique. Des aigrettes de pissenlit volent un peu partout, on dirait de la neige : c'est très beau. Nous jouons ce soir au Metropolis, une belle salle en plein centre, en première partie de Catherine Ringer, une artiste que nous apprécions beaucoup : ça nous fait donc très plaisir de partager l'affiche avec elle.

Le concert démarre sur les chapeaux de roue et se passe à merveille. La salle est pleine, et le public est chaud. La grosse caisse que j'utilise est affreusement lourde et son harnais n'est pas très pratique : alors que je suis en train d'en jouer sur le devant de la scène à la fin de Crime passionnel, elle m'échappe et je la rattrape de justesse. Les deux personnes qui, juste en-dessous, tapent dans les mains avec des sourires ravis ne se sont visiblement pas rendus compte de ce à quoi ils ont échappé. Par contre, Fabian, à l'arrière de la scène, a compris, lui...

Arrive le concert de Catherine Ringer : ça tue. Le groupe joue bien, elle chante et danse superbement. Tout groove tant que même Mick danse dans la fosse (ce qui est si rare que je ne l'ai vu qu'une fois, lors d'une after-party à Waimes en 2004). Après le concert, nous discutons avec Catherine Ringer (elle invitera même Mick pour quelques pas de valse) et son groupe, avant de nous rendre compte que Jean-Paul Gaultier est là aussi.

Arrive le dernier concert, dans la petite ville de Sherbrooke, à environ cent cinquante kilomètres de Montréal. Nous nous y rendons avec la van de Pasquale, notre ami et ingé son installé depuis quelques années au Québec.
Comme nous sommes en avance, nous nous promenons un peu dans la ville, qui est très, très calme, mangeons un bout, buvons un verre sur une terrasse où la serveuse fait tomber un plateau rempli de cocktails sur Raph et moi, puis retournons tranquillement à la van. Quand nous y parvenons, celle-ci est passée du côté de la rue où nous l'avions parquée à celui en vis-à-vis, sans qu'aucun de nous ne comprenne pourquoi : Pasquale avait bien mis le frein à main, pourtant...

Le concert a lieu dans un grand loft situé au-dessus d'une boutique d'antiquités, qui peut servir de bar, de salle de concert et de studio d'enregistrement : la Petite Boîte Noire. Nous y arrivons un peu à la bourre et dans une forte odeur de pina colada et de cuba libre mélangés, nous installons en deux temps trois mouvements, et donnons un super concert. Ensuite, papote au bar avec le patron qui nous offre des vodkas-pickles et des cocktails avec du gin et du sirop d'érable, et avec un banjoïste originaire du Saskatchewan.

Le retour à Montréal est un peu morose, car nous repartons le lendemain. Nous avons passé un superbe séjour au Québec grâce (entre autres) à Pasquale, Denis, Anne, Cynthia, Pierre, Pascal, Eddy et tous les gens rencontrés un peu partout, sommes toujours aussi fans de Montréal -voire plus-, et d'ores et déjà impatients d'y revenir.

Nous approchons de la Belgique. Le ciel est d'un noir d'encre, et les rayons de la Lune se reflètent sur l'aile de l'avion et la couche de nuages, quelques centaines de mètres plus bas. Les autres passagers se concentrent sur leur couque suisse emballée individuellement ou sur "Big Mama" qui passe sur l'écran. Ils ne savent pas ce qu'ils ratent.

23:31 Écrit par Eté 67 | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note |  Facebook |

10.05.2011

De choses et d'autres

Encore une fois, que d'événements durant ces dernières semaines! Jugez plutôt :
- début avril, cinq concerts en appartement à Paris, du populaire XXème arrondissement au luxueux voisinage du Jardin du Luxembourg, en passant par le quartier de la Bastille ou celui de la Bourse, ainsi qu'une première édition de la Fanfare Ephémère au Parc de la Villette.
- un concert au Havre dans un super pub irlandais organisé par notre pote Guillaume ; l'occasion également de profiter du soleil sur la plage en buvant des Desperados.
- un concert organisé au pied levé par notre pote Bouldou dans son super restaurant de Louveigné : l'annonce était lancée à 17h, et à 20h le bar était plein d'amis et de gens de passage.
- plusieurs répèts hautes en couleur avec notre ami Frank vander Linden qui débouchèrent sur un beau concert place Rouppe à Bruxelles pour le 1er mai, présentant pour l'occasion des versions bilingues français/néerlandais de "Plus tôt que prévu", "Le pourboire", "Voir un ami pleurer" de Jacques Brel et "Irene" de De Mens, plus quelques reprises de De Mens, le tout dans une excellente ambiance.
- de chouettes concerts à Louvain-la-neuve, Estaimpuis, Namur, Hannut, Saint-Ghislain, Lille, Manage, Cologne, Nevers et Villers-le-Bouillet, chacun avec leur lot de rencontres.
- la rencontre à une heure tardive d'un caissier de station-service allemand qui pensait que Mick et moi venions d'Israël (lui pour la barbe, moi pour le chapeau) et à qui ça ne plaisait pas du tout.
- deux concerts matinaux à Bastogne devant six cents jeunes survoltés et pressés d'en découdre.
- un nombre impressionnant de kilomètres, de canettes de bière, de blagues plus ou moins fines, de levers aux aurores et de couchages tardifs, de cordes de guitare cassées, de quolibets sur la barbe de Mick, de tartines d'autoroute, de lessives faites en catastrophe et d'allusions à la mère de Fabian.

Nous avons maintenant devant nous trois semaines de vacances qui nous feront le plus grand bien, avant de repartir sur les routes de Belgique, de France, de Navarre et du Québec. A bientôt sur la route!

14:47 Écrit par Eté 67 | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note |  Facebook |

24.03.2011

Les mains dans la terre

Mercredi

Après avoir, pour certains, pris le petit déjeuner au lit (Raph en rêvait depuis notre arrivée), nous nous mettons en route vers Toulouse. A part un petit détour dû à une erreur de GPS, le voyage fut particulièrement calme. Le Bikini se présente sous l'aspect d'un énorme cube de bois, qui renferme une très belle salle et une équipe chaleureuse. 

La soirée se passe très bien, entre un excellent concert (que vous pouvez, chers lecteurs, écouter intégralement sur notre page Faceboook), un délicieux confit de canard servi et préparé par le patron de la salle lui-même -ce qui n'est pas courant-, d'épiques joutes oratoires opposant Raph et Hervé, ledit patron, à propos des mérites comparés d'Eddy Merckx et de Luis Ocaña, et des discussions avec le claviériste de Zaz et le serveur (haut en couleur) de l'endroit, qui trouve que Mick chante comme le chanteur de 16 Horsepower. 

L'hôtel, quant à lui, est une sorte de complexe sportif situé dans une affreuse banlieue remplie de travaux. On n'y sert pas de petit déjeuner au lit, et quand Nico demande à la réception s'il existe un service de télégrammes chantés, nous apprenons qu'il n'y en a pas non plus. 

Jeudi

Aujourd''hui est un jour sans concert. Il est néanmoins prévu que Mick, Nico et Bryan aillent jouer quelques morceaux pour une radio locale. Quant à moi, plutôt hostile à l'idée de passer ma journée dans un endroit rempli de sportifs et entouré de machines de chantier, je décide de les accompagner : si par hasard il y a moyen que je joue aussi, je le ferai avec plaisir, et sinon j'y aurai au moins gagné une promenade dans la campagne. 

En effet, le studio de Radio Coteaux n'est pas vraiment tout près, mais bien à 90 kilomètres de Toulouse, dans un village du Gers nommé Saint-Blancard, que notre GPS ne connaît pas. Après avoir erré dans la campagne environnante, nos appelons à la rescousse notre contact sur place, qui vient nous chercher en voiture. Il s'agit de Patrick, le technicien de la radio, qui rigole sans cesse et ne semble pas le moins du monde alarmé par notre retard : "C'est pas grave, nous dit-il, j'ai mis un disque pour faire patienter les auditeurs!".

Nous le suivons donc, et arrivons dans un hameau composé de quelques maisons, d'un château imposant, d'un petit hôtel à la façade ornée d'une enseigne Jupiler qui réjouit nos coeurs, et d'un petit pavillon avec une antenne sur le toit. Devant celui-ci nous attend celui qui nous interviewera, un gars avec une barbe blanche, une tresse de cheveux qui doit bien atteindre un mètre dix, des bagues aux doigts, un regard malicieux et une chemise à carreaux : César. Il nous accueille avec un grand sourire, et nous guide vers le studio situé à l'étage, et nous commençons à faire sa connaissance. 

César appartient à cette catégorie de gens que l'on trouve souvent à la campagne, et particulièrement en France : des personnes cultivées, ouvertes à plein de choses, et dont la passion première -parmi de multiples autres- semble être la vie en général. Ce sont souvent d'anciens citadins qui, dégoûtés des villes, se sont installés dans des coins paumés et n'en bougeraient plus pour un empire. Le plus étonnant est que, s'étant en quelque sorte coupés du monde, ils donnent l'impression que le monde vient simplement à eux. Nous parlant un peu de son parcours, il nous dira qu'il vit dans le Gers "les mains dans la terre, la tête dans les étoiles". 

Nous nous installons dans le studio avec nos instruments autour des micros d'interview. Ma présence ne pose finalement aucun problème, Patrick et César s'en disent même enchantés : j'installe donc mon harmonium et mes harmonicas dans un coin du divan. 

L'interview dure une petite heure, entrecoupée de morceaux (distrait, je loupe une case au début de "Passer la frontière" et me rattrape plutôt mal que bien, m'attirant un regard ironique de la part de Nico). César a préparé avec attention ses questions, axées autant sur notre parcours, sur les textes que sur nos influences musicales. Moi qui ne prend jamais la parole en interview parce que je suis affreusement mauvais à cet exercice, il réussit néanmoins à me faire parler de vieux jazz et d'harmonium indien pendant quelques minutes qui ne me semblèrent même pas particulièrement longues. Vient ensuite le tour de Bryan puis même de Fabian de répondre aux questions de César. 

Après ce chouette moment, nous décidons d'aller manger -car il est presque quatorze heures- au restaurant suscité, histoire de voir si la Jupiler servie dans le Gers est la même que chez nous. Nous découvrons que les patrons, par ailleurs très sympas, sont hollandais, originaires d'Eindhoven. 

Après le repas, tandis que Nico taggue une affiche électorale de Marine Le Pen, les autres et moi décidons de repasser vite fait à la radio pour offrir des vinyles à Patrick et César : ce dernier est en train de parler des frelons asiatiques. 

08:22 Écrit par Eté 67 | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note |  Facebook |